La maladie mentale est-elle un sujet tabou

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La santé mentale occupe aujourd’hui une place de plus en plus importante dans les débats de santé publique et dans les sciences humaines. Pourtant, malgré les progrès réalisés dans la compréhension et la prise en charge des troubles mentaux, parler de maladie mentale reste encore difficile dans de nombreux contextes sociaux


Pourquoi certaines personnes hésitent-elles à dire qu’elles souffrent de dépression, d’anxiété ou d’un autre trouble psychique ? Pourquoi certaines familles cachent-elles les difficultés psychologiques d’un de leurs membres ? Et pourquoi consulter un psychologue ou un psychiatre peut-il encore être perçu, dans certains milieux, comme une source de honte 

?


Ces questions nous conduisent à nous demander

: 

 la maladie mentale est-elle encore un sujet tabou 

?

1

 Qu’est-ce qu’un tabou autour de la maladie mentale 

?

Un tabou désigne, de manière générale, un sujet dont on évite de parler ouvertement parce qu’il est associé à la honte, à la peur, à des croyances négatives ou à des normes sociales

Dans le domaine de la santé mentale, le tabou est étroitement lié à la stigmatisation. Celle-ci peut prendre différentes formes : préjugés, stéréotypes, discrimination ou encore auto-stigmatisation. La personne peut finir par intérioriser les représentations négatives de son entourage et penser qu’elle est faible, incapable ou différente des autres

Le problème ne réside donc pas uniquement dans le trouble mental lui-même, mais également dans le regard que la société porte sur la personne qui en souffre


II


 Pourquoi la maladie mentale reste-t-elle parfois taboue 

?

Plusieurs facteurs peuvent expliquer ce phénomène

Tout d’abord, il existe encore de nombreuses idées fausses concernant les troubles mentaux. Certaines personnes pensent, par exemple, qu’une personne dépressive manque simplement de volonté ou qu’une personne souffrant d’un trouble anxieux doit simplement "se contrôler"

Ensuite, certains troubles sont encore associés à des représentations très négatives. Une personne souffrant de schizophrénie peut, par exemple, être injustement considérée comme dangereuse ou imprévisible. Or, une telle généralisation ne permet pas de comprendre la diversité des situations cliniques. La schizophrénie est un trouble complexe pour lequel des traitements et des interventions psychosociales existent

Enfin, certaines familles peuvent craindre le jugement social. Elles peuvent alors préférer cacher le diagnostic ou éviter d'en parler, ce qui peut renforcer l’isolement de la personne concernée


III


 Quelques exemples cliniques

1

 Le cas d’un patient souffrant de dépression

Imaginons un homme de 35 ans qui présente depuis plusieurs semaines une tristesse persistante, une perte d’intérêt, une fatigue importante, des troubles du sommeil et des difficultés de concentration

Au lieu de consulter, il peut penser 

:

Je dois être fort. Je ne peux pas montrer que je vais mal

Sa famille peut également lui dire 

:

Tu n’as aucune raison d’être déprimé, tout va bien dans ta vie

Dans cette situation, la souffrance psychique risque d’être minimisée. Pourtant, la dépression est un trouble mental réel qui peut affecter profondément le fonctionnement familial, social et professionnel et pour lequel des traitements efficaces existent

2

 Le cas d’une personne souffrant d’un trouble anxieux

Une étudiante de 22 ans présente une peur intense lorsqu’elle doit prendre la parole devant les autres. Elle évite les présentations universitaires et ressent des symptômes physiques importants : tremblements, accélération du rythme cardiaque et sensation de malaise

Elle pourrait ne pas consulter par peur que son entourage dise 

:

 Elle est simplement timide 

ou

 Elle manque de confiance en elle

Or, lorsqu’une anxiété devient excessive, persistante et entraîne une souffrance ou une altération importante du fonctionnement, elle peut relever d’un trouble anxieux nécessitant une évaluation clinique

3

 Le cas d’un patient souffrant de schizophrénie

Un jeune homme commence à présenter des hallucinations, des idées délirantes et une désorganisation importante de la pensée. Sa famille peut hésiter à consulter par peur que le diagnostic soit connu par l’entourage

Cette situation illustre comment la stigmatisation peut constituer un obstacle supplémentaire à l’accès aux soins. Pourtant, la prise en charge peut associer traitement médical, psychoéducation, interventions familiales et réhabilitation psychosociale


IV

 La stigmatisation peut-elle aggraver les conséquences du trouble 

?

Oui. La stigmatisation peut avoir des conséquences importantes sur le parcours de la personne

Une personne qui craint d’être jugée peut retarder la consultation, interrompre son traitement ou éviter de parler de ses symptômes. L’Organisation mondiale de la Santé souligne que la stigmatisation et la discrimination constituent des obstacles importants à l’accès aux soins de santé mentale

On peut ainsi observer un véritable cercle vicieux 

:

souffrance psychique → peur du jugement → silence → absence ou retard de consultation → aggravation possible des difficultés → isolement social

Il est donc important de comprendre que la stigmatisation peut devenir un problème supplémentaire pour la personne déjà confrontée à une souffrance psychologique


V


Comment lutter contre le tabou 

?

La lutte contre le tabou passe d’abord par l’information et l’éducation à la santé mentale

Il est nécessaire d’expliquer que les troubles mentaux ne sont pas simplement une question de volonté ou de faiblesse personnelle. Ils peuvent résulter de l’interaction de facteurs biologiques, psychologiques et sociaux

Il est également important de normaliser le recours aux professionnels de santé mentale. Consulter un psychologue ou un psychiatre ne signifie pas nécessairement que la personne est « folle ». Cela signifie qu’elle rencontre une difficulté psychologique qui mérite une évaluation et, lorsque cela est indiqué, une prise en charge adaptée

La prévention passe aussi par l’utilisation d’un langage respectueux. Il est préférable de parler d’une personne souffrant d’un trouble mental plutôt que de réduire la personne à son diagnostic

Enfin, les témoignages de personnes ayant vécu un trouble psychique peuvent contribuer à réduire les préjugés lorsqu’ils sont présentés dans un cadre respectueux et non sensationnaliste. L’OMS souligne notamment l’importance de lutter contre la stigmatisation et de favoriser l’inclusion sociale des personnes concernées


En conclusion, la maladie mentale peut encore constituer un sujet tabou, même si les mentalités évoluent et que la santé mentale occupe aujourd’hui une place plus importante dans l’espace public

Le véritable enjeu n’est pas seulement de mieux connaître les troubles mentaux, mais également de modifier le regard porté sur les personnes qui en souffrent


La dépression, les troubles anxieux, le trouble de stress post-traumatique, le trouble bipolaire ou la schizophrénie sont des réalités cliniques différentes qui nécessitent une évaluation et une prise en charge adaptées. Les réduire à de la faiblesse, à un manque de volonté ou à une caractéristique définitive de la personne contribue à renforcer la stigmatisation

Ainsi, briser le tabou autour de la maladie mentale, c’est favoriser l’information, l’écoute, la prévention, l’accès aux soins et surtout le respect de la dignité de la personne


Parler de santé mentale ne devrait donc pas être une source de honte, mais une composante normale du discours sur la santé humaine


29/9/2026


Mostafa Tawfik 

Titulaire d’une licence d'excellence en psychologie clinique et pathologique à la flsh Tétouan 


60

 minutes pour comprendre: Maladies mentales 

👇

https://youtu.be/BP_UnHgO1fY?si=1wxNoROklet6U61L